.......................................................................................................................................................................................... Photo S.C.
Tartares, Ouzbeks, Nénètses / tout le peuple ukrainien, / et même les Allemands de la Volga / attendent les traducteurs.
Et peut-être, en ce moment, / un Japonais / me traduit en turc / et atteint mon âme.

Ossip Mandelstam


mercredi 26 avril 2017

Marisol Bohórquez Godoy (Colombie - 1982)





LE POÈME QUI NE VOULAIT PAS ÊTRE ÉCRIT


Je fus avant naissance témoin de la guerre
J’étais un morceau de chair essayant de palpiter
dans un ventre épié par l’angoisse

Nous avons résisté à l’appétit des violents
La pluie a effacé le silence laissé par les balles
Nous avons lavé nos cauchemars dans des rivières teintées de sang
et mordu l’obscurité devenue cendre
pour affronter la peur d’un nouveau matin
avec la mort à l’affût

Nous avons vu des mères pleurer leurs enfants
et des épouses éclipser le jour avec le deuil dans leurs habits
Nous nous sommes accrochés chaque nuit à la protection des dieux
qui ne montrent toujours pas leur visage
et nous avons caché les rêves sous le linteau d’une porte

Notre fer à cheval porte-chance
fut la victime bénie d’une balle perdue
pour que je puisse croire aux présages

J’ai vu la guerre avant ma naissance
j’ai connu les larmes de ma mère
et le fracas dans le cœur de mon père
avant d’être bercée de chansons

J’ai vu l’oranger pleurer ses oranges pourries
et servir de refuge à ceux qui sous ses branches
ont voulu effacer l’enfer de la mémoire

Et on me demande pourquoi je n’écris pas de poèmes sur la guerre
À moi qui essaye encore de taire l’écho de ses voix dans mes rêves



EL POEMA QUE NO QUISO SER ESCRITO


Fui testigo de la guerra antes de mi nacimiento
Yo era un trozo de carne que intentaba latir
en un vientre acechado por la angustia

Resistimos el hambre de los violentos
La lluvia borró el silencio que dejaron las balas
Lavamos nuestras pesadillas en los ríos teñidos de sangre
y mordimos la oscuridad hecha ceniza
para enfrentar el miedo a un nuevo amanecer
con la muerte esperando

Vimos madres llorar a sus hijos
y esposas que eclipsaron el día con el luto en sus ropas
Nos aferramos cada noche a la protección de unos dioses
que aún no muestran su rostro
y ocultamos los sueños bajo el dintel de la puerta

Nuestra herradura de la buena suerte
fue la bendecida víctima de una bala perdida
para que yo pudiera creer en los augurios

Yo vi la guerra antes de mi nacimiento
conocí el llanto de mi madre
y el estrépito en el corazón de mi padre
antes que los cantos de cuna

Vi el naranjo agrio llorar sus naranjas podridas
y servir de refugio a quienes bajo sus ramas
intentaron borrar el infierno de la memoria

Y me preguntan a mí ¿por qué no escribo poemas a cerca de la guerra?
A mí, que aún sigo intentando callar el eco de sus voces durante mis sueños